Dans une société guidée par l’exigence croissante de l’immédiateté et la réalisation à très court terme du moindre résultat, avec la complicité de moyens de communication et d’une actualité médiatique quasi instantanés, le temps nécessaire au discernement et à la construction d’une vision stratégique de long terme, seul garant de la croissance et des emplois de demain, ne fait pas beaucoup rêver, et c’est bien regrettable !

S’il est un secteur où la question du temps est clé pour notre économie, c’est bien celui des infrastructures, facteur essentiel de compétitivité de nos entreprises et d’attractivité de nos territoires. Notre pays a longtemps bénéficié d’une excellente réputation de ses réseaux (transports, énergie, eau, communications) et des services associés. Mais la situation se dégrade dangereusement.

Dans le rail, le réseau ferroviaire français, vieillissant et très peu connecté aux nouvelles technologies, doit être considérablement modernisé, et ceci avant une ouverture programmée à la concurrence européenne, sous peine de devenir le maillon faible de l’Europe ferroviaire. Pour les routes, la complexité des responsabilités territoriales ne facilite clairement pas l’entretien d’un réseau pourtant historiquement remarquable mais dont la qualité est malheureusement de moins en moins au rendez-vous. Dans le fluvial, des projets majeurs pour nos entreprises ont été dogmatiquement annulés (canal Rhin-Rhône) ou mis en veille prolongée (canal Seine Nord). Dans les airs, si nos aéroports de province restent encore en-deçà de leur potentiel, c’est aussi parce que la gestion de notre ciel reste soumise à des conditions de contrôle aérien d’un autre âge, marqué par un centralisme parisien intolérable. Et enfin dans le numérique, les atermoiements sur le choix des modalités de construction du réseau laissent des régions entières en retard sur ce plan et créent les conditions de la création d’un désert numérique sur une grande partie de notre pays.

La région Auvergne Rhône-Alpes, située au carrefour de l’Europe et sur la route de plusieurs grandes voies commerciales mondiales, est un cas d’école en matière de gestion erratique et irresponsable de ses infrastructures. Son rayonnement va évidemment de pair avec la préservation et l’entretien des réseaux existants, l’amélioration de leur qualité de services, de leur performance et de leur interconnexion, mais surtout avec la réalisation et le développement de nouveaux réseaux d’infrastructures fiables et efficaces.

Il y a urgence aujourd’hui de voir au-delà du « 20 heures » et d’adopter une vision de long terme pour prendre les décisions et engager dans les plus brefs délais les travaux nécessaires au démarrage des chantiers d’infrastructures vitaux pour notre pays et notre région : contournement ferroviaire et autoroutier de l’agglomération lyonnaise dans le prolongement de l’indispensable Lyon-Turin, A45 entre Saint-Etienne et Lyon, jonction A89-A6, désaturation de l’entrée sur Grenoble, ligne LGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon, poursuite la mise à quatre voies de la RCEA, élargissement de l’A75, modernisation du réseau portuaire du Rhône, …

Le statu quo serait, dans ce domaine, fatal pour la compétitivité des entreprises d’Auvergne Rhône-Alpes, la desserte et l’attractivité de nos territoires.

Bernard GAUD

Président du MEDEF Rhône-Alpes

Acteurs de l’Économie – Mars 2016